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Fiscal

Loi Le Meur et réglementation Airbnb : ce qui change pour les propriétaires

Décryptage complet de la loi Le Meur adoptée fin 2024 : baisse des abattements, plafond 90 nuits à Paris, pouvoirs renforcés des mairies, DPE obligatoire, et conséquences pratiques pour les hôtes.

Équipe KeyFlow·8 juillet 2026·10 min de lecture
Loi Le Meur et réglementation Airbnb : ce qui change pour les propriétaires

Contexte : pourquoi cette loi

Adoptée en novembre 2024 et applicable depuis le 1er janvier 2025, la loi Le Meur — du nom de son rapporteure Annaïg Le Meur — vise à "encadrer le marché des locations meublées touristiques" face à la pression sur le logement dans les zones tendues. Elle est le premier grand texte à toucher directement les revenus des hôtes Airbnb depuis la loi Alur de 2014.

Ses mesures ont des conséquences concrètes pour tout hôte détenant une location saisonnière en France, notamment en zone urbaine tendue. Voici ce qui a réellement changé et comment s'adapter.

Changement 1 — La baisse brutale des abattements fiscaux

C'est la mesure qui a le plus fait parler d'elle. Avant la loi, les meublés de tourisme non classés bénéficiaient au micro-BIC d'un plafond de 77 700 € de recettes et d'un abattement forfaitaire de 50 %.

Depuis 2025, ce régime a été rétrogradé :

  • Plafond micro-BIC : abaissé de 77 700 € à 15 000 €
  • Abattement forfaitaire : abaissé de 50 % à 30 %

Concrètement, un hôte avec 30 000 € de recettes annuelles :

  • Avant la loi : abattement 15 000 €, résultat imposable 15 000 €
  • Après la loi (non classé) : plus éligible au micro-BIC, bascule au réel obligatoire ou classement du meublé

Impact estimé : sur les hôtes urbains non classés générant 20 000 à 40 000 € de recettes, l'augmentation d'impôt varie de 800 à 3 500 € annuels.

Changement 2 — Le rétablissement du régime favorable pour les meublés classés

Les meublés de tourisme classés (via un organisme accrédité) conservent le régime avantageux :

  • Plafond 77 700 €
  • Abattement 50 %

Cette dichotomie est volontaire : le législateur pousse les hôtes à faire classer leur logement, ce qui suppose de respecter un cahier des charges qualitatif.

Action recommandée : faire classer votre logement si vous générez plus de 15 000 € de recettes. Coût : 150 à 300 € HT tous les 5 ans. ROI : immédiat.

Changement 3 — Le plafond 90 nuits à Paris (et bientôt ailleurs)

À Paris, le plafond annuel de nuits vendues pour une résidence principale est passé de 120 à 90 nuits depuis le 1er janvier 2025. Ce plafond peut être adopté par toute commune de plus de 200 000 habitants après délibération municipale.

Autres villes ayant délibéré ou en préparation : Lyon, Marseille, Nice, Bordeaux (le seuil de 120 nuits est maintenu pour l'instant mais des baisses sont à l'étude).

Contrôle : Airbnb et Booking sont désormais tenus de bloquer techniquement toute réservation qui ferait dépasser le plafond au propriétaire. Vous ne pouvez donc plus, matériellement, dépasser légalement.

Changement 4 — Le DPE désormais obligatoire pour les locations touristiques

À partir du 1er janvier 2025, tout logement mis en location courte durée doit avoir un DPE valide (Diagnostic de Performance Énergétique).

À partir du 1er janvier 2028, les logements classés F et G ne pourront plus être mis en location courte durée (mesure alignée sur les locations longue durée).

Action recommandée : faire réaliser le DPE si ce n'est pas déjà fait (150 à 300 € selon le logement). Si votre logement est classé F ou G, planifier des travaux d'isolation d'ici 2028.

Changement 5 — Le renforcement des pouvoirs des mairies

Les communes disposent désormais de nouveaux outils :

  • Possibilité d'instituer un permis de louer préalable
  • Extension du droit de changement d'usage à toutes les communes de plus de 20 000 habitants
  • Pouvoir de plafonner localement le nombre de meublés de tourisme
  • Renforcement des amendes (jusqu'à 100 000 € pour les cas les plus graves)

Conséquence : le régime applicable diffère de plus en plus d'une ville à l'autre. Vérifiez impérativement la réglementation locale avant d'ouvrir un logement.

Changement 6 — L'obligation de compensation en zone tendue

Dans les zones tendues (Paris, Lyon, Bordeaux, Nice…), la mise en location touristique d'une résidence secondaire nécessite désormais dans la plupart des cas une "compensation" : acheter un local commercial et le transformer en habitation, pour maintenir l'équilibre du parc locatif résidentiel.

Coût de la compensation à Paris : 1 000 à 3 000 € du mètre carré selon l'arrondissement. Cette obligation rend économiquement quasi impossible l'ouverture de nouvelles résidences secondaires en location courte durée dans les grandes villes.

Changement 7 — Le pouvoir des copropriétés

La loi renforce le droit des copropriétés à interdire les locations touristiques dans leur règlement, avec un vote à la majorité simple (au lieu de l'unanimité auparavant).

Conséquence : votre logement peut être interdit de location touristique par vote de votre assemblée générale. Vérifiez votre règlement de copropriété avant tout investissement.

Changement 8 — La transmission automatique aux impôts

Airbnb, Booking, Vrbo, Abritel transmettent désormais automatiquement à l'administration fiscale :

  • Le récapitulatif des recettes annuelles par hôte
  • Le nombre de nuits louées par logement
  • L'adresse exacte de chaque logement

Conséquence : la non-déclaration ou la sous-déclaration est immédiatement détectée. Aucune tolérance possible.

Ce que la loi ne change pas

Certaines idées reçues méritent d'être précisées :

  • La loi n'interdit pas Airbnb en France
  • La loi ne concerne pas les meublés longue durée (loi ELAN)
  • La loi ne modifie pas les cotisations sociales (seuil 23 000 € maintenu)
  • La loi ne s'applique pas aux gîtes ruraux et chambres d'hôtes (régime spécifique préservé)

Les adaptations recommandées

Si vous êtes en meublé non classé avec > 15 000 € de recettes Faites classer votre logement immédiatement OU basculez au régime réel avec expert-comptable.

Si vous êtes à Paris en résidence principale Ajustez votre calendrier pour ne pas dépasser 90 nuits. Airbnb bloque automatiquement au-delà.

Si vous avez une résidence secondaire en zone tendue Vérifiez que votre autorisation de changement d'usage est bien en règle. Sinon, régularisez ou basculez vers une location longue durée.

Si votre DPE est F ou G Planifiez des travaux d'isolation ou envisagez la vente d'ici 2028.

Si vous êtes en copropriété Consultez votre règlement. En cas de doute, provoquez un vote de confirmation avant tout investissement.

Les zones où la loi ne change (presque) rien

Si vous exploitez :

  • Un gîte rural en zone C (moins de 20 000 habitants)
  • Une chambre d'hôtes déclarée
  • Un logement dans une commune sans dispositif d'enregistrement
  • Un logement classé "meublé de tourisme" avec recettes < 77 700 €

La loi Le Meur ne modifie que marginalement votre situation.

Perspective 2026-2028

Plusieurs évolutions probables sont annoncées :

  • Extension de l'enregistrement à toutes les communes de plus de 5 000 habitants d'ici 2027
  • Généralisation du plafond 90 nuits aux villes de plus de 200 000 habitants
  • Interdiction des logements F et G en 2028
  • Fusion des plateformes de déclaration en une plateforme nationale "France Meublés Tourisme"

Notre conseil

La loi Le Meur a durci un cadre qui, pendant 10 ans, avait été particulièrement favorable aux hôtes. L'équation économique de la location courte durée reste positive dans la majorité des cas, mais elle demande désormais une gestion plus rigoureuse — classement du meublé, régime réel, respect des plafonds, DPE en règle. Ne subissez pas la loi : anticipez-la en vous outillant et en vous entourant d'un expert-comptable spécialisé.


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